CRC, opposition, Sawuti : entre ambitions, calculs politiques et question de la tournante, Anjouan se retrouve au cœur des interrogations sur la succession d’Azali Assoumani.
Par la rédaction
À mesure que l’échéance présidentielle de 2029 se rapproche, une question s’installe progressivement dans les conversations politiques comoriennes : qui succédera au président Azali Assoumani au palais de Beit-Salam ? Derrière les discours officiels, les déclarations de fidélité et les mouvements d’adhésion aux partis, les ambitions se dessinent, les réseaux se mobilisent et les stratégies se construisent. La bataille pour la prochaine présidentielle semble déjà avoir commencé, même si elle ne dit pas encore ouvertement son nom.
La CRC en mouvement, les ambitions en coulisses
Au sein de la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), le parti au pouvoir, les activités politiques et les adhésions constituent des signes visibles d’une volonté de consolidation de son implantation. Mais au-delà de cette dynamique, une interrogation traverse les cercles politiques : quelle personnalité portera les couleurs du parti lors de la prochaine échéance présidentielle ?
Dans les coulisses, les consultations, les rapprochements et les démarches d’influence alimentent les spéculations. Des responsables politiques cherchent à renforcer leur position, à élargir leurs soutiens et à se rendre incontournables dans les discussions à venir.
Pourtant, aucune candidature ne saurait être considérée comme acquise sans annonce officielle. Le véritable enjeu pour la CRC sera de gérer ses ambitions internes tout en préservant sa cohésion. Car lorsqu’une succession se prépare, la question n’est pas seulement de savoir qui peut prétendre au fauteuil présidentiel, mais aussi qui parviendra à réunir les différentes sensibilités autour d’un même choix.
Anjouan et la tournante : le rendez-vous constitutionnel
La question de la succession présidentielle ne peut être dissociée du principe de la présidence tournante, conçu pour préserver l’équilibre entre les îles de l’Union des Comores.
La Constitution de 2018 maintient le principe d’une présidence tournante entre les îles, avec un mandat de cinq ans renouvelable une fois et une limite de deux mandats consécutifs pour une même île. La prochaine échéance est attendue en 2029. La place d’Anjouan dans cette perspective constitue donc un enjeu politique majeur, même si les modalités de la succession doivent être appréciées à la lumière des dispositions constitutionnelles en vigueur.
Pour une partie de l’opinion anjouanaise, cette échéance représente bien davantage qu’une simple alternance politique : elle renvoie à la question du respect des équilibres institutionnels et du partage du pouvoir au sein de l’Union.
Dès lors, une interrogation s’impose : la prochaine présidentielle permettra-t-elle de consolider la confiance entre les îles ou ravivera-t-elle les tensions autour de la répartition du pouvoir ?
Une opposition face à ses propres contradictions ?
Du côté de l’opposition, le débat se poursuit sur la gouvernance, les libertés publiques et les conditions d’une alternance politique. Certains discours et certaines prises de position sont interprétés par leurs détracteurs comme une réticence à l’idée de voir un Anjouanais accéder à la présidence dans le cadre de la prochaine tournante.
Cette perception mérite toutefois d’être distinguée des positions officiellement exprimées par chaque formation politique. L’opposition comorienne n’est pas un bloc homogène et ses composantes peuvent avoir des analyses différentes sur la Constitution, la gouvernance et la succession présidentielle.
Néanmoins, la question de l’alternance entre les îles demeure sensible. Pour ceux qui défendent la tournante, elle constitue un mécanisme de partage du pouvoir et une garantie d’équilibre national. Pour ses critiques, elle soulève notamment des interrogations sur l’égalité du suffrage et l’organisation de la compétition électorale.
Le véritable test sera donc de savoir si les acteurs politiques accepteront de faire prévaloir les règles institutionnelles sur leurs préférences partisanes, quelles que soient leurs divergences.
Sawuti, une troisième voix en quête de place
Entre la CRC, solidement installée au pouvoir, et une opposition aux sensibilités multiples, le parti Sawuti cherche également à faire entendre sa voix.
En affirmant sa présence sur le terrain politique, Sawuti entend démontrer qu’il existe et qu’il souhaite participer aux débats qui engagent l’avenir du pays. Son implantation, sa capacité à mobiliser et la clarté de son projet politique seront des éléments déterminants pour mesurer sa place dans le paysage politique comorien.
Mais au-delà de sa volonté de se faire connaître, une question se pose : Sawuti entend-il simplement renforcer son existence politique ou ambitionne-t-il de peser sur les choix et les alliances qui accompagneront la prochaine présidentielle ?
Dans un contexte marqué par les interrogations sur la succession, chaque formation politique qui parvient à structurer son organisation et à proposer une vision lisible peut chercher à prendre part au débat national. Encore faut-il que cette ambition s’accompagne de propositions concrètes et d’une présence durable auprès des citoyens.
2029 : au-delà des personnes, quel avenir pour l’Union ?
À l’approche de la prochaine présidentielle, les Comores se trouvent face à un enjeu qui dépasse les ambitions individuelles. La question n’est pas uniquement de savoir qui succédera à Azali Assoumani, mais aussi de déterminer comment cette succession sera préparée, dans quel cadre institutionnel et avec quelles garanties de confiance entre les îles.
La CRC devra répondre à la question de son choix politique. L’opposition devra clarifier ses positions sur l’alternance et les règles du jeu institutionnel. Sawuti, de son côté, devra préciser la place qu’il entend occuper dans cette recomposition.
Quant aux citoyens, ils restent en droit d’attendre des acteurs politiques des explications claires, des engagements vérifiables et un débat qui ne se limite pas aux noms des futurs prétendants.
Car, au fond, le rendez-vous de 2029 ne concerne pas seulement l’occupant du palais de Beit-Salam. Il engage également la crédibilité des institutions, la confiance entre les îles et la capacité des Comores à organiser une succession présidentielle dans un climat apaisé.
La bataille pour Beit-Salam est peut-être encore silencieuse. Mais la question, elle, est déjà au centre du débat : qui sera le prochain candidat, et surtout, dans quelles conditions les Comores prépareront-elles leur avenir politique ?



















